L’avenir des espèces, des moyens de paiement numériques et des monnaies virtuelles préoccupent les banques centrales, en particulier la Banque de France, premier fabricant public de billets en Europe. L’argent liquide est-il menacé par la CB et le sans contact ?

 

Le liquide supplanté par le sans contact ?

Dans un monde de plus en plus digital, le cash est-il voué à disparaître de la circulation ? Dopées par l’essor de nouveaux moyens de paiement, les transactions électroniques devraient encore monter en puissance pour représenter près de 726 milliards d’opérations dans le monde d’ici 2020, selon une récente étude menée fin 2017.

 

Source : Groupements cartes Bancaires CB

Malgré l’avènement de la carte de paiement sans contact, les Français ne semblent pourtant pas prêts à sauter le pas. Un achat sur deux continue, en effet, d’être payé en liquide. Selon la Banque de France, 68 % des paiements dans le commerce de détail se font encore en liquide en France et pas seulement pour acheter le pain puisque le cash représente 28 % des transactions en valeur. C’est beaucoup. Et on continue à retirer de plus en plus d’argent des distributeurs.

La multiplication des moyens de paiements

Outre le boom du paiement par carte bancaire sans contact, qui permet depuis le 1er octobre de payer jusqu’à 30 € (sur les cartes émises depuis cette date uniquement) sans taper son code secret, les initiatives développées par les fintech fleurissent dans le paysage bancaire répondant de surcroît aux nouvelles attentes clients.

Plus subversif, le succès des crypto-monnaies ! Il en existe aujourd’hui plus de 200, la plus connue étant bien sûr le Bitcoin. Ces monnaies virtuelles prisées à l’origine par les geeks parce qu’elles ne dépendent pas de banques centrales ne se limitent plus à Internet. Premier pas vers la démocratisation, le bitcoin est accepté par un nombre croissant de commerçants, de quoi en faire une alternative concrète aux systèmes de paiement traditionnels.

Quant au paiement par téléphone, le m-payment, il ne cesse de se développer et son utilisation est prometteuse. Paiement sans contact, achats à distance via PayPal, Visa paywave ou Google wallet par exemple, transferts d’argents… Ses usages sont nombreux bien qu’il soit le plus souvent utilisé pour acheter des applications mobiles.

Ailleurs en Europe pourtant, le cash est sérieusement menacé : la Suède a fait de la dématérialisation de sa monnaie son cheval de bataille. La preuve, les transactions en liquide ne représentent plus que 2 % du montant total des échanges financiers du pays.

Le cash fait de la résistance !

À l’heure de l’économie 2.0, les espèces relèveraient-elles de l’archaïsme ? On aurait tort d’enterrer un système qui remonte à la naissance de l’humanité. Non seulement elle est une condition essentielle de l’activité économique, mais elle joue un rôle social prépondérant. La monnaie permet de créer du lien social et un sentiment d’appartenance autour d’une communauté. Outre la dimension sociologique et historique de l’argent liquide, les consommateurs sont encore anxieux à l’égard des fraudes à la carte bancaire, et considèrent de fait que le liquide comme le moyen de paiement le moins risqué. De plus la monnaie est visible et permet de mieux contrôler ses dépenses. De ne pas subir de commissions. Enfin, elle garantit l’anonymat à l’heure où beaucoup s’inquiètent de l’usage abusif de leurs données personnelles.

La deuxième raison tient probablement à la place qu’occupe l’économie au noir, la fraude sociale ou fiscale. L’importance du liquide peut être un témoin de l’importance de l’économie souterraine dans une société et d’une forme de fuite ou de résistance contre l’État -une résistance condamnable bien sûr- mais qui est là.

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La Banque de France, ne prédit pas de disparition des espèces à horizon visible, c’est-à-dire à dix ou vingt ans. « Les espèces sont encore très largement utilisées dans les 19 pays de la zone euro. Selon une étude récente de la BCE, en 2016, 79 % des paiements dans le commerce de détail, en magasins, sont réalisés à l’aide de cash. En valeur, la part est de 54 %. C’est beaucoup plus dans certains pays comme l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, qui sont à 80 % en volume. La France se situe en dessous de la moyenne : le cash représente 68 % des opérations et 28 % en valeur. Le billet est un moyen de paiement encore très demandé : les Français ont confiance dans le cash, le taux de fausse monnaie étant extrêmement bas, inférieur à 30 contrefaçons par million de billets. Le taux de fraude est plus élevé sur les moyens électroniques, en proportion, même s’il a tendance à diminuer. Le rôle de la Banque de France est de garantir le choix au consommateur : entre le billet qui est extrêmement sûr et les moyens de paiements électroniques. » – Vincent Bonnier, Directeur général adjoint de la fabrication des billets.

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